Deux livres, deux univers

Nostalgie-rosiers

Tahar Bekri est venu à Combourg, à la médiathèque et je n’ai pu assister à sa lecture. Heureusement j’ai pu trouver à la librairie ce recueil publié par Al Manar (http://www.editmanar.com/) très belle maison d’édition. Ces poèmes sont rythmés par les acryliques de Annick Le Thoër, et le livre ainsi conçu est un bijou.

Les poèmes de ce recuei l  écrit en Bretagne,vous emmènent en voyage au fil des saisons, d’un pays à l’autre, d’une sensation à une atmosphère et les mots, simples et vrais, apportent musique, chaleur ou neige, odeurs et bruissements, lumière et couchant, la vie au fil du temps. Un amour infini.

Mary Lawson

Nous sommes en été, le soleil semble revenir et pourtant dans ce très beau roman de Mary Lawson, c’est le rude et implacable hiver canadien qui s’impose, celui qui vous enferme dans votre village, loin de toute agglomération, pour des jours et des semaines. Nous sommes à la fin des années 60 et c’est le début du power flower à Londres, tandis qu’aux Etats Unis la guerre du Vietnam divise la population. Megan a réussi à quitter la vie familiale où elle s’occupe de ses nombreux frères  – elle est la seconde enfant – dans cette petite ville perdue du Grand Nord canadien. Son père comptait pourtant beaucoup sur elle même s’il n’en avait pas vraiment conscience ; son frère aîné, Tom, de retour à la maison après un traumatisme psychique important, se désole de son absence ; sa mère, seulement occupée du dernier né, ne se préoccupe absolument pas de ses adolescents, de ses jumeaux ni même du petit avant-dernier qui n’a que trois ans. Tout va à vau l’eau dans cette famille et nous en découvrons les arcanes en lisant les points de vue du père et de Tom, tandis que Megan réussit à faire son trou à Londres, se découvrant des affinités avec ses employeurs qui lui permettent de s’épanouir en s’investissant dans la direction d’un hôtel de style.

Le contraste entre la rudesse de la vie au Canada, où l’hiver semble quasi durer toute l’année tellement cette saison est rude et difficile à traverser, même si l’argent ne manque pas vraiment, et l’émancipation mesurée de Megan à Londres, que tous prennent pour une américaine s’apercevant qu’elle est canadienne et n’a pas forcément les mêmes valeurs, ni la même aisance, ce contraste donc joue en la défaveur de Megan qui n’est pas sans se douter des difficultés qui règnent dans sa maison natale. Mais quoi ? se sacrifier ? les laisser se débrouiller tous ces hommes et garçons, avec en prime la folie douce de Emily, qui ne vit que pour chaque nouveau bébé.

Voici un très joli roman, tout en finesse, plein d’amour compris ou pas, plein de colère aussi qui rend les choix tellement plus difficiles.

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L’Ecosse de Peter May

Disparus du phare

Un nouveau roman de Peter May c’est toujours la promesse d’un grand moment de lecture. Cette fois encore, c’est une découverte passionnante au coeur des Hébrides  au Nord de l’écosse, celle des îles Flannan,  un archipel de sept îles que la mer défend farouchement contre tout visiteur, imposant des prodiges de navigation et préservant à tout jamais le mystère de son phare érigé sur la plus grande, Eilean Mor, au XIXème siècle,  qui guide les navires faisant route vers l’Ecosse. Ils étaient trois gardiens, qui un jour de décembre 1900 disparurent corps et âmes sans que jamais on explique pourquoi. Peter May, en conteur inspiré, nous décrit ces paysages grandioses où les couleurs de la mer changent aussi vite que la course des nuages, passant du bleu émeraude à l’obsidienne la plus noire.

Un homme est soudain rejeté par la mer sur une plage désolée, il ignore qui il est, il réussit à gagner une maison où il semble avoir habité, et tente de faire revenir les souvenirs tout en ayant conscience d’avoir échappé à quelque chose d’horrible. Il va alors mener son enquête, découvrir que celui qu’il était avait des habitudes sur cette île, et aussi sur celle du phare. Une terrible quête d’identité avec la sensation d’être toujours au bord de l’abîme, et la découverte d’un cadavre qui conduit l’inspecteur Gunn à le mettre en cause. En parallèle un vaste complot anti-écologique se dévoile, qui concerne ces pesticides nuisibles aux abeilles et les labos qui les produisent.

Peter May conjugue les enquêtes de ses personnages, nous conduit à réfléchir aux effets des recherches scientifiques sur l’écosystème, nous emporte dans un tourbillon de sentiments et de sensations au rythme des éléments qui bouleversent ces Hébrides extérieures si fascinantes. Une envie irrépressible se dessine une fois encore à la fin du livre, se rendre sur place pour découvrir à notre tour ces îles d’Ecosse et leurs mystères.

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Budapest et la guerre

le pont invisible

La Hongrie, Paris, une époque fascinante, des personnages attachants, un long roman de près de 900 pages, voilà des heures et des heures de lecture passionnante.

Andras, juif hongrois, débarque à Paris en 1937, sans le sou, mais déterminé à apprendre l’architecture à l’Ecole Spéciale dont la renommée l’a séduit. Il découvre ainsi la vie estudiantine parisienne, le monde du spectacle également car la diaspora hongroise lui permet de trouver un emploi dans un théâtre afin de financer ses études. Il va ainsi se faire des amis chers au sein de l’école et rencontrer une jeune femme, un peu plus âgée que lui, mais si fascinante et mystérieuse. Tout pourrait se révéler idyllique, s’il n’y avait cet antisémitisme rampant qui commence à devenir prégnant au fil des mois, restreignant les libertés, et contraignant Andras à retourner à Budapest après deux ans d’études. Impossible de faire renouveler son visa, et Klara, qui l’a accompagnée, doit se faire oublier car dix-huit ans auparavant elle avait fui la Hongrie pour ne pas être victime d’un emprisonnement immérité. Nous sommes en 1939, les deux frères d’Andras ont dû eux aussi regagner la Hongrie. Les deux aînés se marient, mais tour à tour chacun sera déporté en camp de travail, du fait de leur judaïté. En Hongrie, pays allié de l’Allemagne nazie, les juifs sont déportés dans leur propre pays et doivent subir le STO, dans des conditions si terribles qu’elles rappellent celles des camps de concentration allemands, n’était la possibilité d’obtenir une fois par an une permission.

La détention, le froid, les maladies, l’injustice et la violence des gardes, le chaos de cette guerre qui bouleverse les alliances, le front de l’Est qui s’avère plus terrible encore, et des mois durant les trois frères et leurs amis luttent pour survivre dans les camps qui doivent aider à l’effort de guerre, tandis que leurs familles, parents, épouses, enfants subissent les privations et la vie au ghetto, après avoir été dépouillés de tous leurs biens.

Pas un moment de répit dans cette traversée terrible de ces six années de guerre, qui laisseront Andras et sa famille (ou du moins ce qu’il en restera) exsangues et meurtris au-delà du possible, n’ayant qu’un espoir : fuir leur pays.

Un véritable souffle romanesque qui n’est pas sans rappeler ces romans russes qui nous bouleversent et nous bousculent. La grande Histoire fait frémir, l’intrigue et les personnages nous la font connaître de l’intérieur, et pas une fois nous ne souhaitons interrompre notre lecture.

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Une épouse hollandaise ?!

Epouse hollandaise

Une préface de l’excellent écrivain Pierrette Fleutiaux, une très bonne et agréable traduction de Sabine Porte, une jolie édition : la collection Signatures chez Points, tous les ingrédients sont réunis pour vous inciter à lire ce passionnant roman de Eric McCormack.

C’est un roman d’aventure en fait que cette vie de l’épouse hollandaise, qui n’a d’ailleurs d’ hollandaise que l’épithète. Nous allons voyager des Indes à l’archipel des Motamuas en plein Pacifique, revenir au Canada, le traverser en train, et découvrir les mines d ‘Écosse et revenir encore au Canada après avoir traversé l’Atlantique dans des conditions peu ordinaires.

Thomas Vanderlinden raconte à son voisin, écrivain, le temps de son hospitalisation dernière, la vie de sa mère Rachel dont le premier mari Rowland, ethnologue passionné, avide de découvertes, a disparu lors d’un lointain voyage. Elle a alors aimé un autre homme, arrivé un matin sans autre viatique que le nom de son mari, et l’a perdu lors de la première guerre mondiale, celui-ci emportant ainsi le secret de ses origines. Thomas va partir à la recherche du premier Rowland, à la demande de sa mère, et nous suivrons les différentes péripéties de ce voyage au bout du monde.

Eric McCormack est un conteur fantastique et les histoires s’enchaînent, toutes plus extraordinaires les unes que les autres, intimement imbriquées et conduisant le lecteur à découvrir une galerie de personnages hauts en couleur, aux prises avec des événements incroyables et étonnamment plausibles. Le narrateur-écrivain nous ramènera au port avec des images plein les yeux, des odeurs et des couleurs, du chaud et du froid, et la certitude que de telles aventures ont bien eu lieu.

Jamais le lecteur ne se perd dans l’enchevêtrement des récits, l’écriture est savoureuse, le rythme impose celui de la lecture et le talent de l’auteur est incontestable et donne une furieuse envie de lire ses autres titres.

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D’AUTRES POCHES ENCORE ET ENCORE

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SELECTION POCHE POUR L’ETE

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L’oubli est-il orange ?

de peur que j'oublie

Marie-Noël Rio publie aux Editions du Sonneur son quatrième ouvrage. Pas un roman, pas un récit, un objet littéraire terriblement attachant : une suite en textes majeurs, succession de « dépositions », « témoignages », fragments de journal intime, … tout ce qui a rythmé la fin de vie de Huguette, pensionnaire à Mon Foyer, le nom merveilleusement cynique de cette maison de retraite, antichambre de l’au-delà. Et l’affection et le remords nous viennent au fil de la lecture, car toutes et tous nous avons connu de ces résidents des foyers de fin de vie (vivent les litotes). Nous lisons avidement ces lignes qui témoignent de la cupidité de l’une, du mépris de l’autre, de l’ignorance coupable des proches, du rejet viscéral des vivants devant l’inacceptable, la mémoire qui se délite, la souffrance qui s’en suit, le chagrin de ces vieux qui pleurent alors même qu’ils ne sont déjà plus là. Quel tour de force celui de ce livre de Marie-Noël Rio que vous ne pourrez lâcher une seconde, où chaque situation fera écho et dont la langue est à la fois simple et belle. Chapeau Madame !

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